59 ans d’indépendance de la Côte d’Ivoire, les ivoiriens optent pour la réconciliation nationale

59 ans d’indépendance c’est ce qu’a célébré la Côte d’Ivoire le 7 Août 2019. Les ivoiriens dans l’ensemble ont souhaité la réconciliation nationale afin d’aller à l’émergence prévue pour 2020.
0
96

59 ans d’indépendance c’est ce qu’a célébré  la Côte d’Ivoire le 7 Août 2019. Les ivoiriens dans l’ensemble ont souhaité la réconciliation nationale afin d’aller à l’émergence prévue pour 2020.

« Réconciliation nationale », tel est le vœu formulé à plusieurs reprises lors du micro trottoir que l’on préparait pour les 59 ans d’indépendance de la Côte d’Ivoire. L’objectif pour tcheladay.info était de savoir si à quelques mois de 2020, les ivoiriens croyaient encore en l’émergence tant prôner par le Président Alassane Ouattara.

A ce propos, la majorité des personnes interrogées ont exprimé le même point de vu. Pour elles, la population ivoirienne n’est pas réconciliée. Cela constitue un frein à l’émergence de la Côte d’Ivoire qui semble-t-il n’est plus à l’agenda des autorités ivoiriennes qui y font de moins en moins allusion. Sans doute ayant réalisé qu’elle ne sera pas effective en 2020.

 » Cherchons à régler le vrai problème des ivoiriens. Les ivoiriens ne sont pas réconciliés. Je suis un chauffeur de taxi mais lorsque j’entends les conversations de mes clients, c’est inquiétant. »  a témoigné Kouakou K.

Pour son collègue Abdourahamne Codja « Si les ivoiriens sont réconciliés, nous pourrons aller à l’émergence. ». Ce chauffeur de taxi a à sa charge depuis plusieurs années, des membres de sa famille venue des zones ex Centre-Nord-Ouest (CNO) ; aussi est-il difficile pour lui d’émerger avec toute cette charge.

Dame Rachelle (C’est un pseudonyme) avait refusé de répondre à nos questions. Animée par la crainte d’exposer certains membres de sa famille à des représailles rien qu’en donnant son avis dans ce micro trottoir elle avait marqué avec vivacité son refus de s’exprimer sur la question. 

« Désolée mais je ne peux pas m’exprimer sur la question. Je suis mal placée pour le faire. J’ai des frères dans l’armée qui ont été arrêtés puis emprisonnés depuis la crise post-électorale. Comment puis-je parler d’émergence ? »

Si les ivoiriens sont aussi assoiffés de réconciliation nationale plus que d’émergence après 59 ans d’indépendance, c’est que l’environnement y est favorable.

La Côte d’Ivoire a connu une succession de crises depuis 1999 qui l’ont plongée dans une instabilité chronique. La plus redoutable d’entre ces crises fut celle de 2011 qui a poussé le pays dans un grand chaos.

Depuis lors, l’on assiste à une guerre froide entre les populations ivoiriennes qui devient de plus en plus apparente à travers les différents conflits intercommunautaires qui surgissent de partout.

59 ans d’indépendance de la Côte d’Ivoire, pas de réconciliation nationale

Pour le premier semestre de l’année 2019, plusieurs conflits intercommunautaires ont éclatés. Le 10 avril 2019, des populations se sont affrontées dans la région de N’Douci. Deux jours plus tard les Malinkés et Abbeys s’affrontaient à Agboville. Dans le mois de mai, à Abengourou, deux tendances de musulmans se battaient pour un problème foncier. C’est sans oublier les affrontements entre malinkés et baoulés à Béoumi.

Pour les 59 ans d’indépendance de la Côte d’Ivoire, le Président s’est prononcé sur la question.

« Ces conflits communautaires ne sont pas acceptables.Surtout quand on voit les motifs. Mais il faut que les politiques aussi arrêtent d’attiser la haine
et la mésentente. »
Bien avant ces propos, il précisait que son programme de gouvernement était « le vivre ensemble ». Le président affirme qu’étant dans l’opposition, il avait diagnostiqué ces failles.

Cependant, ces multiples crises auraient pu être évitées si la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation, (CDVR) avait réussi sa mission. Cette commission mise en place par Alassane Ouattara, par l’Ordonnance N° 2011-85 du 13 mai 2011.

Pour le Docteur Albert Yao sociologue,  « Les conflits interethniques auxquels nous assistons ne sont que l’émanation de la guéguerre politique qui se passe au sommet de l’Etat ivoirien. Cette situation met à nu les limites du processus de réconciliation nationale réalisée en Côte d’ivoire car, au lieu de réconciliation nationale, on assiste à un rattrapage ethnique en Côte d’ivoire. Si la réconciliation était vraie et véritable, nous n’assisterions pas à des conflits interethniques. Car, les conflits interethniques naissent de l’injustice sociale : la promotion d’une seule ethnie par rapport aux autres »

A LIRE AUSSI: Affrontements interethniques à Beoumi, reflet d’une Côte d’Ivoire non réconciliée

Apres la crise post-électorale, la mission de cette structure était de « mettre en évidence les ressorts profonds de la crise ivoirienne afin de mieux la comprendre, à identifier les victimes et les auteurs des violations des droits humains survenues en Côte d’Ivoire dans le passé, à proposer des réparations qui favorisent la cicatrisation des blessures subies par les victimes, à proposer des mesures propres à éviter la répétition des violations et à assurer la formation des citoyens au respect des droits humains et à la culture démocratique » Alors qu’elle rendait le tablier en 2014, la fracture sociale était encore bien visible et l’est toujours.

Raïssa Yao

Leave a reply