Affrontements interethniques à Beoumi, reflet d’une Côte d’Ivoire non réconciliée

Des affrontements interethniques ont eu lieu à Béoumi dans le centre de la Côte d’Ivoire depuis le 15 mai 2019. Le bilan est inquiétant. Une autre preuve d’une Côte d’Ivoire non réconciliée.
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Des affrontements interethniques ont eu lieu à Béoumi dans le centre de la Côte d’Ivoire depuis le 15 mai 2019. Le bilan est inquiétant. Une autre preuve d’une Côte d’Ivoire non réconciliée.

Le bilan de ces affrontements interethniques à Béoumi est lourd. « 11 personnes décédées, 108 personnes blessées, 300 personnes déplacées » a indiqué Sidi Tiemeoko Touré porte-parole du gouvernement. Des chiffres Officiels datant du 20 Mai 2019. C’est sans compter les dégâts matériels.

 

Affrontement interethnique à Béoumi, le conflit de trop

Ces affrontements du 15 Mai bien qu’étant interethniques ne sont pas la seule crise qu’a traversée Béoumi. Du fait de sa situation géographique, 60 Km de Bouaké dans le centre de la Côte d’ivoire, Béoumi a subi les graves conséquences de la crise de 2002 qui a divisé la Côte d’Ivoire en deux parties. Ce vécu devrait être une leçon pour Béoumi. Un avertissement à se tenir loin du type de travers qu’elle vient de traverser. Béoumi devrait être capable de prévenir de tels conflits et mais surtout éviter des morts inutiles.

Que nenni ! L’on a assisté à un sombre tableau. Béoumi à feu et à sang parce que les allogènes et les autochtones de la ville ont choisi de s’entretuer. Et ce, après une bagarre impliquant un membre de chaque clan. Des ivoiriens qui s’entretuent et s’entredéchirent. Spectacle déplorable !

Conflits intercommunautaires, signe d’une Côte d’Ivoire non réconciliée

Si les affrontements de Béoumi ont fait le tour de la toile et scandalisés les ivoiriens, des conflits moins médiatisés ont bien eu lieu dans d’autres régions de la Côte d’Ivoire. Le 12 Avril dernier suite à une bagarre entre un jeune Malinke et un abbey à Agboville, des affrontements entre ces deux ethnies ont causé plusieurs morts et des dégâts matériels. Deux jours avant, la région de N’Douci était en proie à des affrontements interethniques. Le 18 Mai à Abengourou, un conflit foncier impliquant deux tendances de la communauté musulmane tourne à un affrontement causant des blessés graves. Depuis ce 27 Mai encore dans la commune d’Agboville, un autre affrontement de ce type a lieu.

Pourquoi tous ces conflits interethniques dans un pays ou l’indice de sécurité est comparable à celui de Genève ?

Rattrapage ethnique, cause de conflit interethnique

Selon le Docteur Albert Kouakou sociologue à l’Université Alassane Ouattara de Bouake « Une affaire opposant simplement deux individus ne peut pas s’étendre aux communautés d’appartenance de ces deux individus. Si elle se fait, c’est qu’il y a un relent politique. Les conflits interethniques auxquels nous assistons ne sont que l’émanation de la guéguerre politique qui se passe au sommet de l’Etat ivoirien ». Pour le sociologue, une analyse de la situation permet de comprendre que « les différents conflits se déroulent entre le groupe Malinké et les communautés d’accueil » pour la plupart du temps.  Il ajoute que Dans les faits, l’on parle de réconciliation mais dans les actes, on ne fait que la promotion d’un seul et unique peuple : le peuple Malinké.

Cette situation selon l’universitaire met à nu les limites du processus de réconciliation nationale réalisée en Côte d’ivoire car, « en fait de réconciliation nationale, on assiste à un rattrapage ethnique en Côte d’ivoire. ».

Pour le sociologue les populations n’ont pas la possibilité de s’attaquer à la sphère étatique qui fait la promotion de cette politique de rattrapage. Cependant, elles ont la possibilité de mettre de l’ordre dans leurs univers immédiats.  Dr Albert Kouakou explique que si la réconciliation était vraie et véritable, l’on n’assisterait pas à des conflits interethniques. Car, les conflits interethniques naissent de l’injustice sociale : la promotion d’une seule ethnie par rapport aux autres.

« Ne l’oublions pas, nous sommes 60 ethnies en Côte d’Ivoire » a conclu le sociologue.

Raissa Yao

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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