Le business du jus nature prospère à Abidjan, le chômage reste serein

Depuis quelques mois l’on assiste à la floraison du commerce de jus nature dans les rues d’Abidjan. Orange, ananas et pamplemousse, des fruits rapidement pressés, embouteillés en quelques secondes puis vendus sur le champ au consommateur. Comment ce commerce s’est-il si vite développé ? Est-il rentable pour les commerçants ? Qu’en pensent les consommateurs ? Tcheladay.info s’est penché sur le sujet.
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Depuis quelques mois l’on assiste à la floraison du commerce de jus nature dans les rues d’Abidjan. Orange, ananas et pamplemousse, des fruits rapidement pressés, embouteillés en quelques secondes puis vendus sur le champ au consommateur. Comment ce commerce s’est-il si vite développé ? Est-il rentable pour les commerçants ? Qu’en pensent les consommateurs ? Tcheladay.info s’est penché sur le sujet.

 

Il est 15 h ce 28 mars 2019. Dans la commune de Cocody, Kouadio Koffi assis sous un hangar attend patiemment son lot de jus de fruit nature. Sur les 20 bouteilles qu’il a commandées, 14 sont prêtes, et le commerçant s’active, afin de lui livrer sa commande.

Jus nature, une clientèle exigeante

« C’est une commande exceptionnelle que j’ai faite aujourd’hui pour l’église. C’est pour la rupture du jeune ce soir car je préfère prendre du jus nature au lieu d’aller en acheter au supermarché » ; affirme Kouadio Célestin. Il explique qu’il consomme personnellement une bouteille de 50 cl tous les jours ouvrables, à raison de 500F CFA. Soit un budget de 2500 FCFA par  semaine.

Friand de cette boisson naturelle, Kouadio affirme qu’il ne boit plus que ces jus pressés depuis qu’il fait « la différence entre la boisson bio et celle qui contient les produits chimiques ».

Madeleine Touré, Chef d’entreprise, préfère pour sa part le jus d’ananas, en raison de son régime amaigrissant. Elle s’approvisionne régulièrement chez un vendeur à deux rues de chez elle.  Depuis bientôt deux ans qu’elle consomme son jus d’ananas, elle y trouve son bonheur. Elle s’extasie presque : « Ce jus est purement naturel. Il est pressé devant moi sans aucun produit de conservation. J’adore ! Son goût est parfait ! C’est un délice ! ».

Le jus d’ananas est vendu à 1500 F CFA la bouteille d’un litre et demi. Elle en consomme trois bouteille par semaine. Soit un budget de 4500 F CFA.

Vente de jus nature, une entreprise rentable

Gants, oranges lavées, éponge pour nettoyer l’étalage afin d’éviter les mouches, sont les dispositions prises par la majorité des vendeurs de jus pour rassurer le consommateur quant à l’hygiène.

« L’activité est rentable parce que c’est du jus naturel » témoigne Ruth Kakou vendeuse de jus nature aux 2 plateaux. En activité depuis un mois à peine dans la commune mais déjà satisfaite de la rentabilité de son business. « Je peux faire une recette de quinze mille francs par jour. » confie la commerçante qui s’approvisionne en fruits dans la commune d’Abobo, particulièrement à la gare. « Le sac d’Orange me coûte trois mille francs » précise-t-elle.

Toujours dans la même commune, Martine Kobré tient le même stand au terminus du bus 81-82 à Angré. «  je vis de ce commerce avec  mes 4 enfants » précise Martine. « Je vends au moins dix bouteilles par jour ; et même 15 parfois; surtout quand il fait chaud. » A raison également de 500 FCFA la bouteille de jus.

Elle indique cependant une baisse considérable de son chiffre d’affaire pendant la saison pluvieuse

Quand à Ibrahima Tierno à Cocody centre, il n’a pas encore la notoriété de ces deux femmes car nouveau dans ce commerce qu’il voit se développer dans la ville. « Je n’ai pas une grande clientèle mais ceux qui viennent ici aime le jus nature. Les gens commencent à être fidèles. » Ibrahima Diallo occupe désormais la place d’un de ses compatriotes vendeurs de jus d’ananas rentré au pays.

Les vendeurs de fruits s’en réjouissent

Les commerçants de fruits. sont des grands gagnants dans ce commerce de jus pressé

Vendeuse d’orange au marché Gouro d’Adjamé, Mariam Traoré ressent positivement les retombées de ce commerce de jus pressé : « Nous avons plusieurs catégories de clients. Autant d’autres prennent trois filets d’oranges par semaine, d’autres payent la même quantité pour la journée. Tout dépend de l’endroit où ils exercent leur activité commerciale ». Les prix de ses sacs de fruit varient entre 5000, 70000 et 10 000 FCFA. Au détail, il faut dépenser 50F CFA pour 3 oranges.

Depuis l’expansion de ce commerce, la vendeuse d’orange est reconnaissante : « je remercie Dieu parce que je vends beaucoup plus qu’avant ». Cette dernière définit une journée fructueuse par une recette de 200000 F CFA la journée.

Toutefois la saison des oranges vient quelque fois troubler le business de ces bonnes dames comme le souligne Matogoma Koné vendeuse dans la commune d’Adjamé. Ce n’est pas la bonne saison pour elle. Car en ce moment, son chiffre d’affaire a baissé. Les oranges qu’elle vend viennent du Ghana. Le coût étant plus élévé, elle attend avec impatience la période des oranges made in Cote d’Ivoire pour faire plus de profit.

Quel impact sur le chômage ? L’avis de l’économiste

Pour le docteur Prao Yao économiste « la prolifération de cette activité n’aura pas d’impact significatif sur la réduction du taux de chômage ». Cependant il précise que cela pourrait contribuer à embaucher « quelques ivoiriens » à conditions que des « investisseurs décident de créer des usines de fabrications de jus naturels ». Mais l’économiste précise, qu’ «  il est évident que cette activité pourrait aider à réduire le taux de pauvreté en raison des prix auxquels sont vendus (les bouteilles de jus qui sont de 500 FCFA pour l’orange et 1500 FCFA pour l’ananas).

Il note également une augmentation du carnet de commandes des fabricants des machines pour extraire le jus qui peut réduire aussi la pauvreté. Pour lui il y a donc lieu de diversifier la gamme des jus en y ajoutant la Papaye, le concombre, la carotte, la pastèque et même la mangue.

Raissa Yao

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