Sexualité : ce mythe entre parents et enfants

La sexualité est un thème peu abordé entre parents et enfants dans nos sociétés Africaines. Et la Côte d’Ivoire n’y échappe pas. Tabou ou préjugés la question du sexe est une barrière et même un mythe, entre parents et enfants. Pourtant en parler pourrait éviter les dégâts tels que les grossesses précoces.
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sexualité myhe entre parents et enfants

La sexualité est un thème peu abordé entre parents et enfants dans nos sociétés Africaines. Et la Côte d’Ivoire n’y échappe pas. Tabou ou préjugés la question du sexe est une barrière et même un mythe, entre parents et enfants. Ce manque de communication entre géniteurs et enfants sur ce sujet n’est pas sans conséquences. Pourtant en parler pourrait éviter les dégâts tels que les grossesses précoces. Mais aussi les avortements clandestins.

« Je ne parle pas de sexualité avec mes parents. Quelquefois ma mère m’en parle vaguement mais de manière très rapide. Un jour elle m’a dit de ne pas laisser les garçons me toucher à l’internat.» Explique C.E un peu gêné. A  quatorze ans, il passe en classe de 4ème. C’est pareil pour sa sœur M.O douze ans en classe de 5ème. « La seule fois ou maman m’a parlé de sexualité, c’était lorsque je rentrais à l’internat. Elle m’a dit de ne pas laisser les filles me faire des attouchements car il y a des lesbiennes dans les dortoirs. »

L’éducation à la sexualité  des jeunes est une urgence

Quant à E-R, 15 ans elle ne discute pas non plus de sexe, ni sexualité avec ses parents. Elle dit le faire souvent à l’école « C’est à l’école que l’aumônier nous en parle. Il dit qu’il sait que nos parents ne le font pas donc il s’en charge»

Quant à la raison de ce silence sur le sujet, les trois adolescents expliquent que leurs parents n’en parlent simplement pas. Cependant eux non plus n’ont jamais posé une quelconque question sur le sujet. En Côte d’Ivoire pour l’année scolaire 2016- 2017,  4 471 cas de grossesses ont été enregistré. Il concerne 1153 filles âgées de 09 à 14 ans, de 2393 de 15 à 18 ans, et de 920 femmes de plus de 19 ans. Sur la période 2017-2019, 4034 cas de grossesses ont été enregistré dans le secondaire général.

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La jeunesse ivoirienne est de manière précoce sexuellement active IL est donc important de l’éduquer afin qu’elle puisse avoir les bons réflexes en la matière. Mais le dialogue entre parents et enfants à ce sujet reste encore inexistant. Mais pourquoi ?

D.I, communicateur avoue : « Je ne parle pas directement de sexualité avec ma fille. C’est sa mère qui parle directement de sexualité avec elle ainsi que sa tante à qui elle se confie aussi » explique ce père de famille de 2 enfants dont l’ainée a 13 ans. Il précise que sa fille « ne fréquente pas de garçon comme petit ami. Elle a juste des camarades de classe garçons ». A la question de savoir s’il est sûr que sa fille n’a pas de rapports sexuels il justifie : « Je ne saurai le dire mais elle se méfie et sait que je ne joue pas avec ça. Elle aime son papa que je suis donc pour ne pas attirer ma colère elle ne va pas le faire maintenant ».

LH, est la mère de E.R l’adolescente de quinze ans. Elle explique que «  ça ne me dérange pas du tout de parler de sexe avec ma fille de 15 ans. Mais à chaque fois que j’aborde le sujet, j’ai l’impression qu’elle est hyper gêné du coup, Je la laisse. Par contre sa petite sœur qui a dix ans est plus réceptive. Et je pense que je pourrais facilement en parler avec elle ». K.A journaliste  consacre son mémoire de fin de cycle sur « l’éducation sexuelle des adolescents ». Ce père de famille ne sait pas comment aborder les sujets liées au sexe avec sa fille de 13 ans.  Cependant, il affirme que sa femme s’en occupe. » j’ai été adolescent et n’ai jamais eu l’occasion de parler de ce sujet avec mes parents. Ce que je sais sur le sexe je l’ai appris dans la rue. Je veux donc  comprendre afin  de mieux éduquer mes enfants.

S’il est difficile que parents et enfants discutent de sexe ou encore de sexualité, l’Association Ivoirienne pour le Bien-être familial (AIBEF) essaie de faciliter les choses.

« L’éducation complète à la sexualité est un vaste programme dont l’orientation des parents pour parler sexualité à leurs enfants.» annonce Viviane Akre, responsable communication de l’AIBEF. Sa structure va plus loin, elle a mis en place un mouvement de jeunes qui de manière volontaire, éduquent les personnes de leur âge à la sexualité. Il s’agit du MAJ (Mouvement d’action des jeunes de l’AIBEF). Viviane Akré dévoile l’objectif« Formés, les jeunes vont vers leurs pairs partout où ils se trouvent- école, quartier, église pour les sensibiliser à la sexualité responsable chez les jeunes qui commencent par l’abstinence »

A.B, étudiante de 21 ans en  est membre  depuis 2018. Elle l’a intégré par le biais de sa copine. « Je n’arrivais pas à m’exprimer en public et je ne savais même pas qu’il y avait des structures qui militent en faveur de la jeunesse pour son épanouissement. Cependant depuis que j’ai intégré l’AIBEF, j’ai appris beaucoup de notions à travers les formations, les ateliers (oui surtout ça vu que j’ai eu droit à la connaissance de plusieurs structures et même des représentants du ministère de la santé, avec qui plusieurs plaidoyers ont été faits tels que : la budgétisation de la PF en Côte d’Ivoire, la prise en compte du cahier de charge,…)

Si aujourd’hui A.B a une connaissance des vérités de la vie sexuelle au point d’en parler librement avec les adolescents, cela n’a pas toujours été le cas. « Je ne parlais pas de sexe à mes parents j’avais peur de leur réaction. Pourtant ma maman me parlait un peu de cela mais pour moi j’avais comme l’impression qu’elle me donnait des interdits plutôt que des conseils »

La sexualité ne se limite pas aux relations sexuelles

Un autre Maj A.K a gagné la confiance de nombreux jeunes de sa génération qui se confient à lui en matière de sexualité. Il en profite pour les sensibiliser sur les bonnes pratiques liées à la sexualité. « Les filles me parlent beaucoup, elles se confient à moi. Je les écoutent sans les condamner et leur donnent des conseils »

Pour docteur Yao Albert,  sociologue, il est important de lever l’équivoque « contrairement à l’opinion publique, la sexualité ne se limite pas uniquement aux relations sexuelles.»  Il regrette qu’en générale « l’information que la majorité des parents tentent de donner à leurs enfants, se limitent seulement à l’hygiène pendant la survenue des menstrues et la conséquence de la survenue des menstrues chez la jeune fille. Chez le jeune garçon, c’est l’explication sur la poussée des poils au niveau des aisselles et du pubis. Idem chez la jeune fille. »

Le sociologue mentionne que d’un dialogue incomplet sur la sexualité entre parents et enfants, les jeunes vont à la recherche de compléments d’informations (parfois erronées) auprès des pairs. Et l’expérimentation de ces incomplètes, entraîne parfois de prises de risques chez l’adolescent. Cependant il précise que « L’avantage de parler de sexualité avec son enfant est que cet enfant vous voit en ami(e) et confident. Il se rapproche plus de vous et essaie de comprendre chaque changement dans son corps avec vous. Ainsi, le parent a la possibilité de suivre la maturation sexuelle de l’enfant et de l’accompagner dans ce processus »

Raissa Yao

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